Said Sadi a réagi, ce dimanche 7 avril, à la réunion du congrès du Parlement à l’issue de laquelle le président du Conseil de la Nation devrait assumer la charge de chef de l’Etat. Dans un texte intitulé « L’armée avec ou face au peuple? », l’ancien président du RCD estime que cette « démarche évacue les supputations qu’entretenaient certaines voix naïves, intéressées ou simplement ignorantes des pratiques du sérail, pour entretenir l’illusion que l’armée est en phase avec le mouvement du 22 février qui en appelle, semaine après semaine, à la fin du système militaire qui a confisqué le pays symbolique et physique depuis 1962 ».

« La décision met donc un terme à un vicieux malentendu qui laissait entendre que tout le monde était d’accord alors que les divergences sur les méthodes et les buts entre l’armée et la rue étaient totales. De ce point de vue, la nouvelle situation clôt une confusion dangereuse et installe tout le monde devant ses responsabilités », poursuit-il. Pour lui, le problème algérien renvoie « fondamentalement » à la « militarisation de la vie publique ». « Vouloir faire reprendre au pays le cours des choses comme si rien ne s’était passé depuis le 22 février est irresponsable. Dans ces heures décisives, la vérité est la condition du salut », écrit Said Sadi.

Il rappelle les discours du général Ahmed Gaïd Salah, sans le citer, vantant le bilan du président Bouteflika. « L’armée, ou plus exactement celui qui parle à sa place, a d’abord vanté le bilan de Bouteflika pour vendre, dans la foulée, le cinquième mandat. Quand les manifestations ont commencé, les avertissements contre les ennemis intérieurs furent la première réaction. Par la suite, le propos est devenu plus nuancé avant de s’aligner sur la rue. L’armée n’est donc ni l’initiatrice, ni même le soutien du mouvement populaire. Elle a fini par s’y résigner. Tant mieux », précise-t-il.

Selon Said Sadi, la volonté « de l’armée », « du moins de celui qui parle en son nom », est « évidente ». « La transition demandée par le peuple devrait se limiter à organiser des élections à l’ombre de celui qui sera adoubé par un parlement qui a symbolisé les fraudes, la trahison de la volonté populaire dont il est supposé être l’émanation par la validation de toutes les décisions du gouvernement de l’homme dont tout un chacun condamne l’incurie prédatrice. En fait, l’opération revient à lustrer le système pour mieux le faire perdurer », résume-t-il.

L’enjeu est important, selon lui. « Il s’agit de fonder la République que nous n’avons pas pu concevoir au lendemain de la guerre. La période de transition exige des préalables de fond et de procédures », indique-t-il.

« Sur le fond, il est vain de tenter une canalisation du mouvement citoyen dans des institutions obsolètes, discréditées et inefficientes, détritus de l’ancien régime. Il importe aussi de tenir l’armée éloignée des enjeux politiques et le seul fait qu’elle soit impliquée dans le processus transitionnel est en soi problématique pour elle même et pour l’avènement de l’Etat civil », assure Said Sadi.

« En la forme, et tout en veillant à la réduire au maximum, la transition doit prendre le temps nécessaire pour éviter les raccourcis et, surtout, garantir la mise en place et l’adoption des préalables démocratiques sans lesquels aucune avancée n’est possible », détaille-t-il. L’ancien président du RCD appelle à poursuivre la mobilisation populaire. « La mobilisation populaire doit continuer, d’autres formes de luttes doivent être, d’ores et déjà, envisagées. Il doit en être ainsi jusqu’à ce que l’armée comprenne que la volonté populaire, le temps et ses propres intérêts lui dictent de rentrer dans les casernes », conclut-il.

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