Said Sadi a publié, ce mercredi 13 février, une longue contribution dont l’objectif est « de livrer une analyse aussi claire que possible de la situation algérienne avec, hélas, ses avatars présents et ses sombres présages », écrit-il sur sa page Facebook. Said Sadi précise d’emblée qu’il n’est « ni candidat à quelque poste que ce soit », « ni partie prenante de l’une ou l’autre des mises en scènes qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines ».

« Il est désormais superflu de rappeler un constat admis par tous : l’Algérie a manqué son départ d’après guerre. Afin de justifier une candidature fantasque et humiliante, pour lui même et la nation, le président à vie n’a rien trouvé de mieux que de proclamer son ralliement à l’idée de procéder aux réformes de fond préconisées par l’opposition démocratique qu’il a combattues pendant vingt ans d’un règne que paieront, dans le meilleur des cas, deux sinon trois générations », indique l’ancien président du RCD.

L’élection du 18 avril, un épiphénomène

Pour lui,  l’élection présidentielle du 18 avril prochain « est, au fond, un épiphénomène » face à « l’enjeu du destin national ». « Ceux qui, ignorant les enseignements du passé, ont, malgré tout, voulu s’y engager vérifient quotidiennement, et à leurs dépends, la vanité de disputer dans son antre la victoire à un spectre représenté par son image. Qu’ils se retirent au dernier moment ou qu’ils crient leur indignation le soir des résultats est, en vérité, anecdotique. L’essentiel et l’urgence sont ailleurs », tranche Said Sadi.

Le rejet cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ne constitue pas une solution permettant de sortir de la crise dans laquelle se débat le pays. « Les propositions les plus audacieuses assènent que le rejet d’un cinquième mandat, par ailleurs loufoque, suffirait à redonner crédibilité, stabilité et performance à l’État. Chaque clan assure que la machine qui a détourné le fleuve de l’espérance en 1962, broyant un destin promis à toutes les ambitions, serait un outil de progrès et une source de bonheur si les manettes lui en étaient confiées », avance-t-il.

« Au lieu d’explorer les issues, de plus en plus étroites, qui pourraient encore s’ouvrir devant les bonnes volontés, les différents intervenants prétendent qu’en usant des mêmes procédures et en agissant dans les mêmes instances, ils pourraient contenir sinon bloquer une tectonique des plaques dont le mouvement éloigne inexorablement le citoyen du dirigeant. L’affaire est pourtant sérieuse car l’amplitude de la faille est désormais telle qu’elle menace l’ensemble du sous-continent nord-africain », prévient Said Sadi.

« Les quatre gredins »

Sur la scène politique, « chacun cherche le parrain qui préserverait ses intérêts et, si possible, assouvirait ses haines », constate Said Sadi. L’ancien président du RCD évoque les quatre dirigeants de l’alliance présidentielle qu’il qualifie de « quatre gredins » dont les « bases militantes effectives ne recouvriraient même pas leur propre famille ». Ces derniers « sont affectés », selon lui, « aux tâches ménagères, le temps de permettre aux mentors de préparer le décor, colmater leurs différends et, autant que faire se peut, lustrer le poster-candidat ».

« Deux partis de l’opposition, le RCD et le FFS – est-ce vraiment un hasard ? – ont opposé, chacun à sa façon, un rejet catégorique à un challenge électoral qu’ils disent n’être, dans les faits, que la reconduction d’un potentat. Au delà, la classe politique est animée par des bégaiements mimétiques où les tergiversations fébriles spéculent sur un renversement clanique de dernière minute qui autoriserait un reclassement dans un moule inamovible », poursuit-il.

Le MSP, le frère musulman

Said Sadi revient ensuite sur la position du Mouvement de la société pour la paix (MSP) en rappelant notamment son appartenance idéologique. « Adepte résolu et assumé du mouvement des frères musulmans, il se place, comme tous ses congénères et  par principe, au sein de systèmes dont ils connaissent parfaitement la faille originelle : l’illégitimité. Tactiquement, le frère musulman peut camper conjoncturellement une posture d’opposant mais  sa stratégie reste intangible : l’entrisme est une approche que rien ne viendra jamais démentir. La démarche a sa logique et sa méthode », analyse-t-il.

« La logique postule que tôt ou tard la compétition autour du monopole de la religion tourne en faveur de celui qui s’en prévaut officiellement », écrit Said Sadi. Pour lui, la position du MSP et « ses ouailles » concernant la polémique sur la prière à l’école « vient rappeler les limites des ruses de contorsionnistes quand on piège les valeurs et principes qui structurent les nations ». « Concrètement, la méthode consiste à occuper le moindre espace disponible pour avancer ses pions en attendant que le fruit tombe », assure Said Sadi.

Ali Ghediri, l’Attaturk algérien ?

Dans sa contribution, Said Sadi livre aussi son point de vue sur la candidature du général-major à la retraite, Ali Ghediri. « Un ancien officier supérieur, probablement estimable en tant que personne, assure détenir la solution aux tempêtes qui s’accumulent au dessus de nos têtes. Comme il peine à donner du contenu à ses intentions ou avancer des méthodes à même d’esquisser une feuille de route lisible, des voix spéculent sur des soutiens massifs et actifs dont il bénéficierait dans les rangs de l’armée. Une fois de plus et faute d’être appelé à se déterminer sur des offres politiques, le citoyen est invité à déléguer son libre arbitre aux mystères des sectes qui lui garantiraient ses droits et sa liberté. La roulette russe continue », estime-t-il.

Said Sadi rappelle que les « tractations occultes dans les officines militaires ne sont pas la solution  mais la cause du malheur national ». « Quand bien même ces supposés soutiens seraient-ils réels et vérifiables, celui qui en bénéficierait en serait obligatoirement leur obligé, ce qui, en Algérie, est la condition même du statu quo. On objecte déjà qu’une fois au pouvoir, l’heureux adoubé pourra toujours se libérer d’attaches encombrantes et orienter le pays vers des pratiques plus saines et plus transparentes. Si l’on s’en tient aux expériences passées, le pari est pour le moins risqué », affirme-t-il.

L’ancien président du RCD ne croit pas que l’armée de Boumediene puisse donner à l’Algérie un Attaturk. « D’aucuns, habités par l’illusion des miracles immérités, se prennent à rêver d’un Attaturk algérien. Ce n’est faire injure à personne que de souligner les éléments qui distinguent à tous égards l’armée turque de celle de Boumediene, conçue et gérée de sorte qu’aucune tête pensante ne dépasse. Avec Attaturk, l’institution militaire a assumé la séquence consacrant la fin de l’empire ottoman. L’armée algérienne, pour ce qui la concerne, a pris le pouvoir en 1962 pour imposer l’islamo-socialisme comme matrice doctrinale, marécage  dans lequel ont prospéré les malentendus les plus obscurs », écrit-il.

« La bataille sera rude »

La « résurrection algérienne « doit se concevoir », selon lui, « en dehors des carcans officiels ». Dire cela « ne relève ni du dépit ni de la surenchère ni de la radicalité », précise-t-il. « La mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie », souligne-t-il. « On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l’Histoire n’offre pas beaucoup d’exemples de nations ressuscitées quand elles ont sombré. Or c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux », prévient-il encore.

Said Sadi sait et affirme que la « bataille sera rude ». « Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne sera pas loyale si nous nous  donnons les moyens de la préparer avec clarté et méthode. C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. A ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité. Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial », conclut-il.

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