Des manifestants près de la Place Audin. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté, ce vendredi 8 mars, dans la capitale contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika et le système en place. Rencontrés au centre-ville d’Alger, certains expliquent à Actu-fil.com les raisons de leur participation.

Mohamed, 20 ans, plombier dans une société publique. « Je sais que le cinquième mandat est derrière nous. Je suis venu manifester pour changer le système », lâche Mohamed. Il est convaincu que l’élection n’aura pas lieu. « Le peuple va l’annuler. Le peuple est au dessus du pouvoir !, dit-il. Et ce peuple en a marre ». Sa famille a déjà perdu trois de ses membres. Des harragas qui tentaient de rejoindre l’Europe. Ce jeune homme d’â peine de 20 ans est convaincu que « sa génération est condamnée ». « Je manifeste pour que mon petit frère ne traverse pas ce que j’ai vécu », assure-t-il. Mohamed est persuadé qu’il n’y aura pas de violences. Il reprend le slogan scandé par de nombreux manifestants : « l’Algérie n’est pas la Syrie ! ».

Des milliers de manifestants à la Place Maurice Audin. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Meriem, 54 ans, professeur à l’université. « je suis sortie manifester contre le quatrième mandat en 2014. Il était tout à fait normal pour moi d’être au rendez-vous pour manifester contre le cinquième mandat », affirme cette universitaire. Ce mouvement lui redonne espoir. Elle aussi a des appréhensions par rapport à l’évolution de la situation. Cela ne l’a pas dissuadé de venir manifester pour le changement de système dans le pays. « Mieux vaut avoir peur et manifester que de mourir à petit feu. Il ne faut pas que ça s’arrête maintenant. J’espère que ce sont eux maintenant qui ont peur », tranche Meriem.

Des manifestants à la rue Didouche Mourad. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Larbi, 42 ans, commerçant. « je manifeste contre le cinquième mandat. Mais pour moi, le problème, ce n’est pas lui (Abdelaziz Bouteflika, NDLR). On prie pour lui comme pour tout malade. Mais c’est tout le système qui doit partir », assure ce commerçant qui habite le centre-ville. Il ne croit plus aux promesses de réformes. « Vous croyez au père Noël ? », lance-t-il. Et d’ajouter : « rien ne va plus dans le pays et dans tous les domaines ». Larbi évoque notamment « l’éducation » et une « monnaie qui n’a plus aucune valeur », selon lui. Il n’a pas peur des violences. « La manifestation est pacifique. Et ces policiers sont nos frères », a-t-il affirmé.

Des manifestants près de la Place Audin. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Fatiha, 60 ans, femme au foyer. « je suis sortie manifester parce qu’on est fatigué de voir nos jeunes se noyait dans la drogue ou périr en mer en tentant de rejoindre l’Europe », indique cette femme en haïk qui habite à Bab El Oued. « Je ne manifeste pas contre une personne. Que Dieu guérisse Bouteflika. Je manifeste pour revendiquer nos droits. On veut voir un peu de lumière dans ce pays », ajoute-t-elle. Fatiha reste confiance : « il n’y aura pas de violence, si Dieu le veut. On disait que le peuple n’est pas bien éduqué. Il a prouvé qu’il était conscient ».

Un manifestant sur le boulevard Mohamed V avec la photo de Hassan Benkhedda décédé vendredi 1er mars à la fin de la manifestation. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Salim, 76 ans, retraité. Seules les manifestations de joie après la proclamation de l’indépendance en 1962 sont comparables à la marche de ce vendredi 8 mars, selon Salim, un retraité de 76 ans. Il est venu en Algérie spécialement pour assister à la manifestation. « Il fallait voir ça », dit-il. L’homme espère assister à la chute d’un système qui l’a poussé à quitter le pays à la fin des années 1970. Lui n’a pas peur des violences mais des tentatives de récupération. « Il faut tout reconstruire. La tâche des immense pour l’Algérie », dit-il.

La Place Maurice Audin lors de la manifestation du 8 mars. Photo prise par Hadjer Guenanfa.

Mohamed, 22 ans, étudiant. « Je manifeste comme tout le monde aujourd’hui contre le système. Je ne manifeste pas que le président Bouteflika », précise cet étudiant qui vient d’Alger plage. « Je manifeste parce que je sais pertinemment qu’après les études, il n’y aurait aucune perspective pour mois ici », ajoute-t-il.

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici