Djamel  Zenati  et Houari Addi ont rendu public, ce mardi 26 février, une déclaration dont laquelle ils demandent à l’institution militaire « de se mettre à coté du peuple ».

Alger, le  26 février 2019

Par:  Djamel  Zenati, militant politique et ancien cadre du FFS

Lahouari Assi, sociologue

La vague de manifestations pacifiques du vendredi 22 février à travers l’ensemble du territoire national marque un tournant décisif dans l’évolution de la situation politique dans notre pays. Les Algériennes et les Algériens de toutes les régions du pays ont montré une maturité que n’ont pas les dirigeants.

Les citoyennes et les citoyens ont exprimé sans ambiguïté leur ferme volonté de reprendre leur destin en main.

Cette mobilisation historique a libéré les consciences, brisé les barrières de la peur et du silence et mis du mouvement dans le statu quo. Elle est porteuse d’espoir.

Aucune force ne peut venir à bout d’un consensus né d’une mobilisation commune autour d’une aspiration partagée.

La reprise de l’initiative politique par la société revêt un sens profond. L’ignorer condamnerait le pays à revivre les drames d’un passé récent.

Par ses extravagances et la persévérance dans la gabegie, le pouvoir a provoqué l’exaspération des citoyens. La candidature de Bouteflika pour un 5ème mandat fut la provocation de trop. Qui peut croire que les populations déjà éprouvées par des années d’humiliation puissent accepter sans réagir un affront d’une telle énormité ?

Le pouvoir ne peut plus persister dans le déni des droits et des libertés. Il est inconcevable qu’au 21ème siècle l’algérien soit encore privé du droit de choisir librement ses représentants ou de les sanctionner. Plus révoltant encore, les décideurs en Algérie sévissent dans l’anonymat. Ils ne sont ni identifiés ni soumis au devoir de donner des comptes.

Le refus de l’institutionnalisation est un héritage du mouvement national. Inaugurée par l’assassinat de Abane et la répudiation des principes consignés dans la plate-forme de la Soummam, cette tradition demeure à ce jour en vigueur.

Les vicissitudes de notre histoire ont imposé un schéma politique où le commandement militaire s’est d’emblée posé en détenteur exclusif de la souveraineté nationale.  Cette configuration est désormais dépassée. Elle l’est d’autant plus que le long règne de Bouteflika a provoqué des mutations perverses dans le système comme dans la société et imprimé au mode de gouvernance une dérive oligarchique maffieuse jamais observée par le passé.

Cela a accéléré la déliquescence du système. L’impasse est totale. Elle est par ailleurs indépassable.

Vouloir maintenir coûte que coûte le statu quo fait courir des risques graves à la stabilité et l’unité nationales. L’option électorale, avec ou sans Bouteflika, ne peut constituer une solution. Certes, le départ de Bouteflika est une exigence populaire légitime et indiscutable.

Mais il ne peut à lui seul créer les conditions d’une compétition libre et sincère, conforme aux standards internationaux.

Le système autoritaire est un objet monstrueux fortement enraciné et innervant l’ensemble des institutions et structures du pays. Sa déconstruction nécessite de la volonté, de l’effort, de la pédagogie et de la patience.

La seule issue  salutaire pour le pays est une transition démocratique orientée vers la construction d’un Etat de droit. Elle doit être la plus courte possible, loin de tout esprit de règlement de compte et se conclure par l’organisation d’élections générales.

Avec un bilan des plus désastreux et une révolte populaire grandissante, le régime n’a plus de marge de manœuvre. Le pays se trouve à la croisée des chemins. Il a le choix entre la transition démocratique à l’exemple de  nos voisins Tunisiens et l’aventure destructrice comme c’est le cas en Libye et en Syrie.

La fonction historique de ce système est épuisée depuis déjà fort longtemps. Les émeutes d’Octobre 1988 ont imposée  une ouverture dans la douleur. Cependant, par son génie maléfique et ses échafaudages diaboliques, le système est parvenu à se maintenir. C’est hélas au prix d’un drame incommensurable. Va-t-il céder aujourd’hui à cette même tentation ? Rien ne peut l’en empêcher si ce n’est un sursaut patriotique fort et immédiat.

Dans ce contexte d’une extrême tension, l’institution militaire est fortement interpellée. Elle se trouve devant un choix historique. L’intérêt stratégique du pays lui commande de se mettre du côté de la population et au service de la solution. Elle doit jouer le rôle de facilitateur et de garant de la transition démocratique. L’ordre ancien est fini. Vouloir le maintenir ou le ressusciter autrement serait désastreux.

La restitution de la souveraineté au profit du corps des citoyens est une obligation dont les indus détenteurs actuels, civils ou militaires, ne peuvent s’affranchir. Ce transfert est au cœur du processus de changement. C’est également l’objet central de la transition.

Enfin, l’opposition est condamnée à se mettre au diapason du mouvement populaire. Il n’est dans l’intérêt de personne d’aller vers un face-à-face pouvoir/société. Il est vain de vouloir construire une démocratie dans le calme et la sérénité sans intermédiation.

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