« En Syrie aussi, les manifestations ont commencé avec des roses», a lancé le Premier ministre, Ahmed Ouyahia aux députés, ce jeudi 28 février. Cet « avertissement » est adressé aussi et surtout aux manifestants contre le cinquième mandat, qui se sont donnés un autre rendez-vous demain dans toutes les rues de l’Algérie.

En évoquant l’exemple syrien, Ouyahia met en garde les algériens, ou plutôt les opposants au cinquième mandat, contre les « dangers » de manifester.

Ouyahia ne s’est pas arrêté à cet argument. Il revient 20 en arrière, pour rappeler aux algériens les prémices  de la violence de la décennie noire. «Comme en 91, la classe politique est unie dans la contestation », s’étonne-t-il. « En 91 aussi, poursuit-il, il y’a eu des appels pour une grève générale », et  « des cercles étrangers avaient commencé à commenter  les événements qui prévalaient dans le pays ».

Ce parallèle permet à Ouyahia de confirmer « la manipulation ». « On ne craint pas les marches. On craint la manipulation », soutient-il.

Pourquoi Ouyahia a-t-il changé d’avis et d’analyse par rapport au mouvement de contestations anti-5e mandat? Pourquoi les roses, perçues dimanche par le Premier ministre comme le symbole et le témoin « de la mobilisation pacifique » des citoyens, sont exhibées aujourd’hui comme la preuve tangible et irréfutable du danger qui guette le pays?

Le 25 février, à l’APN, le Premier ministre a affirmé que la constitution garantit au citoyen le droit de manifester pacifiquement dans le cadre de la loi, relevant à cet effet que les marches organisées dans certaines villes du pays le 22 février ont « été marquées par un caractère pacifique ».

Quelles sont ces nouvelles donnes qui permettent à Ouyahia de s’attaquer frontalement aux  initiateurs, même « anonymes », des marches à travers le pays ?

« Le Front uni » de l’opposition étonne  Ouyahia, sauf qu’ il est important de préciser que  l’opposition  s’est ralliée tardivement aux appels de protestation contre la candidature du président. Certains partis et personnalités politiques sont restés prudents et réservés au début de la contestation, ils n’ont réagi qu’a près le 22 février.

Pour la réaction des cercles étrangers, à l’exception de deux pays « amis » de l’Algérie, qui sont la France et la Tunisie, il n’y a eu aucune autre réaction officielle sur la situation politique en Algérie au niveau international .

Ouyahia fait enfin le parallèle avec la grève de 1991 initiée par l’ex FIS. Cette dernière, pour rappel, n’était ni anonyme ni un forcing contre le président en place, sans oublier qu’elle  n’a pas été  suivie massivement par la population

Le discours d’Ouyahia constitue une suite logique aux positons exprimés depuis le début de la semaine par les partisans du président. C’est Mouad Bouchareb, le président de l’instance dirigeant du  FLN qui a ouvert le bal, le samedi 23 février, en invitant les opposants de Bouteflika à « se réveiller de leur rêve ». Dimanche 24 février, Abdelmalek Sellal,le directeur de campagne du président Bouteflika, a estimé  que « toutes les tranches du peuple algérien sont avec le président ». Mardi, c’était autour du  Général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah de mettre en garde contre les « appels douteux qui poussent des Algériens égarés vers des sentiers douteux et peu sûrs ». Hier, Amara Benyounes, le président du MPA a défendu « le droit de la coalition présidentielle de choisir son candidat ».

La réponse du pouvoir est  sans ambages : « Boueflika briguera un cinquième mandat ».

Mais cela n’explique pas pour autant le ton tenu par Ahmed Ouyahia. 24 heures avant les manifestations contre le cinquième mandat, les observateurs s’attendaient plutôt à un message  d’apaisement. Ouyahia a fait tout le contraire.

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