Des milliers de personnes sont sorties, hier vendredi, pour manifester en Algérie notamment dans la capitale contre le cinquième mandat du président de la République. Ils ont répondu à un appel anonyme lancé quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux. Alors que certains chefs de partis politiques et personnalités attendent de voir l’évolution de la situation, d’autres ont réagi dès les premières heures.

Ali Ghediri : les Algériens ont exprimé « leur volonté de rupture »

Le candidat à la candidature a estimé que les Algériens « viennent d’exprimer, dans le calme et la dignité, leur volonté de rupture avec un système de gouvernance qui a mené le pays vers l’impasse ». « En disant « non à la mort programmée de l’Algérie, non au cinquième mandat », ils ont manifesté leur désir de reprendre leur destin en main, pour enfin vivre dans la liberté et se dresser contre les aventuriers qui ont pris le pays en otage », écrit-il.

Pour Ali Ghediri, le peuple algérien démenti « les pronostics du pouvoir qui pariait sur les dérapages, poussant implicitement à la violence ».  Le peuple algérien « vient de faire montre de maturité et de prouver qu’il est apte à exercer ses droits démocratiques comme tous les peuples civilisés dans le monde, et à être au rendez-vous de l’histoire »,  souligne-t-il.

Mouwatana : le « régime politique est tombé »

Pour le mouvement Mouwatana qui appelle à une manifestation le 24 février, le « vendredi 22 février 2019 sera une date inscrite dans le marbre de l’histoire nationale ». « Le régime politique est tombé en même temps que l’icône présidentielle, au cœur de la capitale, devenue entre-temps un totem et sujet d’adoration d’une clientèle cupide et sans conscience », écrit-il.

« Les Algériens ont démontré au monde entier, par millions, qu’ils étaient conscients des vrais enjeux. Ils ont brisé les chaînes de la peur. Ils ont manifesté avec un civisme impressionnant. Ils ont rendu sa fierté à la Nation. Le peuple vient de remporter la première bataille qu’il vient d’engager avec un système honni et immoral », affirme-t-il.

Le mouvement appelle ensuite les « Algériens à continuer leur œuvre en maintenant une pression continue jusqu’à la victoire ».

Selon le PT,  les « partisans de la «continuité» assumeront seuls la responsabilité devant toute attitude provocatrice

Le Parti des travailleurs (PT) a estimé que la « jeunesse et les larges masses se sont réapproprié le droit démocratique et constitutionnel de manifester pacifiquement » hier vendredi. « Un droit confisqué par les gouvernements successifs depuis deux décennies notamment à Alger sous des prétextes sécuritaires », selon lui.

« Hier, il a été établi que le système périmé et putréfié n’a pas réussi à briser les ressorts de la majorité du peuple et donc de la nation. Il s’agit d’un processus politique de recomposition amorçant un tournant politique pour la nation. Comme tout processus il ne s’arrêtera pas », prédit le parti de Louisa Hanoune.

« Ce qui s’est exprimé ce 22 février 2019 est la volonté d’en finir avec un système oppresseur au service d’une minorité de très riches qui organise le pillage des deniers publics et plonge l’immense majorité du peuple dans le dénuement total », assure le PT.

Pour lui, les « partisans de la «continuité» assumeront seuls la responsabilité devant toute attitude provocatrice allant à l’encontre de l’aspiration profonde au changement qui s’est exprimée dans tout le pays ce 22 février 2019 ».

Talaie El Hourriyet : une « preuve tangible que l’on peut manifester dans la capitale… »

Talaie El Hourriyet a également salué les « marches de protestation contre le régime politique en place, plus particulièrement contre le 5e mandat » et s’est félicité du « caractère pacifique de cette protestation populaire contre ce coup de force du pouvoir politique en place et le haut degré de civisme et de maturité des manifestants ».

Pour lui, les manifestants « n’ont été retenus ni par la stratégie de la peur que brandit le pouvoir comme le retour aux années difficiles de la décennie 90 ou encore les dérapages dudit « printemps arabe », ni  par les menaces de répression ».

« Les marches qui ont eu lieu à Alger ont administré aux autorités une preuve tangible que l’on peut manifester dans la capitale sans risque pour l’ordre public, en respectant les biens et équipements privés et publics et les infrastructures, et sans qu’une tendance politique particulière puisse récupérer et orienter les mouvements de protestation », poursuit le parti d’Ali Benflis.

Talaie El Hourriyet estime que le « peuple algérien a exprimé le rejet absolu du 5e mandat, de la gestion du pays par les forces extraconstitutionnelles et de la corruption généralisée qui a infesté tous les rouages de l’État ».

RCD met en garde contre la « tentation de l’usage de la violence »

« Les manifestations du 22 février 2019 qui se sont déroulées à travers de nombreuses localités du pays et singulièrement dans la capitale, ont clairement signifié le rejet de la mascarade électorale du 18 avril 2019. Par leur nombre et le contenu de leurs revendications, elles ont aussi et surtout clamé haut et fort leur refus du maintien d’un système politique qui  dénie au peuple algérien, depuis le premier jour de l’indépendance, sa souveraineté et son droit à choisir ses institutions et ses mandants », écrit le RCD dans un communiqué.

Le parti de Mohcine Belabbas met en garde « une nouvelle fois contre la tentation de l’usage de la violence pour réprimer des contestations pacifiques et légitimes ». Il « rend hommage aux populations qui ont défilé dans le calme pour exprimer leur haine du système de la hogra, de l’opacité et de la corruption ». Le RCD « estime qu’il est urgent d’ouvrir une issue qui redonne espoir et qui mobilise le pays pour une alternative démocratique et pacifique ».

« Les tenants de la présentation de la candidature de Bouteflika ou d’une autre candidature de substitution pour maintenir un régime d’oppression doivent tirer les seules conclusions qu’appelle le référendum populaire du 22 février : la fin du système qui sévit depuis 1962 », ajoute la même source.

Ramdane Tazibt : « un moment historique »

Le député et cadre du Parti des travailleurs (PT) a évoqué un « moment historique » et un « tournant dans la vie politique » sur sa page Facebook. « Aujourd’hui 22 février 2019: manifestations pacifiques dans tout le pays. Aspiration profonde pour le changement du système pourri », a-t-il écrit dans un autre message.

Mokrane Aït Larbi : « nous avons lancé les élections dans la rue, le peuple s’en est emparé »

L’avocat et directeur de la campagne électorale du candidat et général-major à la retraite, Ali Ghediri, rappelle la célèbre réplique de Larbi Ben M’hidi à ses tortionnaires : « Jetez la révolution dans la rue, elle sera portée par tout le peuple ». « Aujourd’hui, nous avons lancé les élections dans la rue, le peuple s’en est emparé », estime Mokrane Aït Larbi.

« Les marches pacifiques sont un droit garanti par la Constitution et la Charte international des droits de l’Homme. Il est du droit des Algériens d’organiser des marches pacifiques à travers le pays pour manifester leur rejet du cinquième mandat », a-t-il ajouté avant d’appeler à « sauver » le pays « par la voie pacifique ».

Atmane Mazouz : « un nouveau départ pour sauver l’Algérie »

Le député et cadre du RCD a estimé qu’il s’agit d’un « nouveau départ ». « Rien qu’un nouveau départ pour sauver l’Algérie ! Ça va avec le départ de tout le système », a-t-il écrit sur sa page Facebook. « Au delà du discrédit qui frappe tout le régime, la principale satisfaction est l’échec et l’humiliation de leurs laudateurs et courtisans dans l’imposition du statu quo », a ajouté l’élu dans un autre message.

Lakhdar Benkhelaf : « le peuple algérien est encore vivant »

Le député et cadre du part El Adala a lui aussi réagi aux manifestations sur Facebook. « Le peuple algérien est encore vivant. Dieu merci », écrit-il avant de rappeler un vers du poème Le peuple d’Algérie est musulman d’Ibn Badis. « Qui donc a dit qu’il (le peuple algérien) s’est détourné de son origine, ou a dit qu’il est mort, il aura alors menti ». Les participants au sommet de l’opposition initié par son parti avaient apporté leurs soutiens aux marches du 22 février.

Soufiane Djilali : « notre marche vers le changement »

Le président de Jil Jadid a publié un message bref sur Twitter : « que notre marche vers le changement se poursuive ». Le mouvement Mouwatana dont il est le coordinateur appelle à une manifestation le 24 février à Alger.

Abderrezak Makri appelle à la sagesse

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui a pris part aux manifestations à Alger a salué le caractère « pacifique » et « civilisé » des marches auxquelles « ont pris part des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux et des militants de différents courants ». Abderrezak Makri appelle également à la sagesse les parties « qui veulent imposer le cinquième mandat ».

Abdelaziz Rahabi évoque les « douleurs » d’un peuple révolté

L’ancien ministre de la Communication a évoqué un « peuple révolté » dont « les douleurs envoient un message clair aux décideurs » afin que ces derniers s’acquittent de leurs devoirs et lèvent leur tutelle ». Pour lui, la rue a « tranché » pour « sortir du blocage » et a fait rentrer l’Algérie « dans l’air post-Bouteflika ».

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