Le président Bouteflika démissionnera « avant le 28 avril prochain », date de la fin de son mandat électif, mais il devrait prendre d’« importantes mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition », a indiqué lundi un communiqué de la présidence de la République.

Bouteflika n’a fait aucune allusion à la nature des mesures qu’il compte prendre avant de quitter le pouvoir. Au sommet de l’État, et au niveau de l’institution militaire, ce pas est perçu comme «une énième manœuvre du clan de Bouteflika ».

Énième, pourquoi ? Selon une source sûre qui s’est confiée à Actu-fil.com, « le clan Bouteflika s’est engagé devant l’institution militaire à quitter le pouvoir au moins deux fois depuis le début de la crise », « la dernière remonte au 19 mars ». « Mi- mars, Said Bouteflika, a informé le général du corps d’armée, Gaid Salah, de l’ intention de son frère d’annoncer au peuple algérien son retrait du pouvoir le 19 mars, à l’occasion de la fête de la victoire », précise notre source.

Le 19 mars, le président s’adresse effectivement à la nation, à travers un message écrit dans lequel il a défendu sa feuille de route électorale. « Notre pays s’apprête à changer son régime de gouvernance et à renouveler ses systèmes politique, économique et social à la faveur de la Conférence nationale inclusive qui se tiendra dans un très proche avenir avec la participation de toutes les franges du peuple algérien », a-t-il dit. La lettre qui évoque aussi la révision constitutionnelle et le référendum, ne laisse aucun doute sur l’intention de Bouteflika de poursuivre son règne après le 28 avril.

Cette position a amené l’institution militaire à trancher publiquement, une semaine après,  pour l’article 102 de la constitution. « Il devient nécessaire, voire impératif d’adopter une solution pour sortir de la crise (..) Une solution à même d’aboutir à un consensus de l’ensemble des visions, et faire l’unanimité de toutes les parties, à savoir la solution stipulée par la Constitution, dans son article 102», a déclaré le 26 mars Gaid Salah.

En évoquant l’article 102, le vice- ministre de la défense, précise notre source, « faisait allusion à l’alinéa 1 qui permet au conseil constitutionnel de s’auto- saisir pour déclarer la vacance du poste du  président de la République, lorsque ce  dernier est gravement malade, ou se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions ». Le conseil constitutionnel, dirigé par un fidèle du président, Tayeb Belaiz refuse de se réunir.

La réaction de l’armée a amené le clan présidentiel «à chercher un autre subterfuge ». Cette fois ci, l’on pense à Lamine Zeroual. « Le général à la retraite Toufik Mediene a voulu convaincre Zeroual à accepter de gérer la transition ». En optant pour Zeroual, le clan présidentiel « a voulu surtout préserver sa main mise sur le pouvoir pendant la transition ». Pourquoi le choix de Zeroual ? « Le clan Bouteflika estime que cette personnalité est acceptée par le mouvement populaire. Il  pense que l’ancien président est facilement gérable, qu’il sera en mesure de lui imposer leurs décisions pendant la transition », soutien  note interlocuteur.

Cette deuxième tentative du clan présidentiel de fuir « ses engagements » a amené Gaid Salah à monter au créneau, en dénonçant samedi « certaines parties malintentionnées » qui « préparent un plan visant à porter atteinte à la crédibilité de l’ANP ».« À la lumière de ces développements, la position de l’ANP demeure immuable (..) en estimant toujours que la solution de crise ne peut être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102 », a-t-il averti, Le message est destiné au frère du président.

Le  lendemain, le puissant  homme d’affaire et proche du clan présidentiel, Ali Haddad,  est arrêté sur les frontières tunisiennes. La justice engage des enquêtes « pour des faits liés à la corruption »  et « au transfert illicite d’argent». « Une enquête ordonnée par l’institution militaire, sans l’accord de la présidence », atteste notre source.

Le bras de fer entre la présidence et l’armée  s’accentue. Se sentant visé par ses arrestations, le clan présidentiel  reagit à travers un communiqué qui annonce l’intention du président de démissionner avec le 28 avril, faisant savoir par la même que« d’importantes mesures » seront prises par Bouteflika pendant cette période.

Quelles sont ces mesures importantes ? Accessoirement, Bouteflika souhaite nommer les six  sénateurs manquants dans le tiers présidentiels, « mais au sommet de l’État, l’on est persuadé que le président sortant  projette de mettre fin aux fonctions du vice-ministre de la défense, chef d’état- major », atteste notre source. Cette dernière  ajoute « qu’une première tentative visant à destituer Gaid Salah a échoué ».

«La situation est tellement complexe que la cohabitation entre  l’armée et le clan présidentiel  s’avère impossible. L’une des deux parties doit quitter le pouvoir rapidement pour ne pas envenimer encore la situation ».

Selon notre source, « l’armée peut éventuellement forcer l’application de l’article 102, dans son alinéa 1, sans attendre la démission du président ». « Une décision sera prise dans les  tous prochains jours », pense-t-il.

Dans son conflit avec  l’institution militaire, le clan  Bouteflia « est soutenu par Bachir Tartag  et le général de corps d’armée Benali Benali, chef de la de la Garde républicaine »,  affirme note source.

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