Le chef de l’Union démocratique et sociale (UDS) en voie de constitution revient dans cet entretien accordé à Actu-fil.com, su la situation politique dans le pays.   selon lui, demander aujourd’hui à  l’institution militaire de jouer le rôle d’arbitre, « c’est tout simplement, faire preuve de naïveté, sinon c’est se dresser contre cet élan populaire. Le peuple a très clairement demandé le départ de ce système ».

Quelle lecture faites-vous de la feuille de route proposée par des partis et des personnalités de l’opposition?

Je pense qu’il faut parler d’une réunion de partis politiques, dès lors que cette réunion a connu la présence des personnes qui n’avaient rien à avoir avec l’opposition, notamment des partis politiques qui avaient soutenu Bouteflika pendant vingt années. Ces derniers font opposition à quoi ? parmi eux des personnalités et des partis se sont rendus complices de la gestion du pays pendant les vingt années de Bouteflika. Certains allaient même participer à un processus électoral rejeté par le peuple.

Personnellement, je ne suis plus convié à cette réunion. Je respecte leur point de vue mais je ne le partage pas.

L’opposition a lancé un énième appel à l’armée « afin d’aider à la concrétisation des revendications du peuple». Pensez-vous que l’institution militaire devra jouer un rôle dans cette  conjoncture de crise?

Le chef de l’armée, lui aussi s’est rendu complice de la gestion de Bouteflika. Sans la caution de Gaid Salah, Bouteflika n’aurait jamais violé la constitution en 2008. Il n’aurait jamais pris le 3e et le 4e mandat.

Demander aujourd’hui à cette institution de jouer le rôle d’arbitre, c’est tout simplement, faire preuve de naïveté, sinon c’est se dresser contre cet élan populaire. Le peuple a très clairement demandé le départ de ce système.

Dégager ce système politique corrompu ne veut pas dire porter atteinte à l’Etat. L’État se maintient, l’armée retrouve ses attributions normales et légales. La protection du pays.

Engager l’institution militaire dans un processus politique peut provoquer des cassures importantes dans le pays dès lors que cette institution risque de se retrouver devant des choix politiques qui ne sont pas consensuelle, donc qui peuvent provoquer des mésententes, des refus dans la société.

L’institution militaire dans un processus démocratique de transition doit veiller à la stabilité de l’Etat, à la protection du territoire et à la sécurité des biens et des personnes. Quand je parle de l’institution militaire, incluses toutes les institutions relevant de la sécurité.

Selon vous, quelle est la meilleure solution pour sortir de l’impasse actuelle?

Il faut le dire et on ne le dit pas assez, cette crise constitutionnelle est le résultat de l’absence d’une vision, et le résultat d’une gestion catastrophique du pays. Seul le pouvoir, seul Bouteflika, seul le système en assumera les conséquences. Dès lors qu’on a qualifié la crise que vit le pays de crise majeure, le premier acte majeur à accomplir dans le cadre de la recherche d’une solution, c’est faire partir tous ceux qui se sont rendus responsables de cette situation. Cette condition est sin qua non. On ne peut pas parler de transition tant que le pouvoir persiste à gérer lui-même cette étape.

Désormais, la solution passe par cette proclamation officielle, immédiate et franche que Bouteflika est fini. Si on ne le dit pas aux algériens, on aura pendant tout ce temps des lettres, des messages et des décisions qu’on va faire porter à quelqu’un qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas qui n’existe pas. On est toujours dans la ruse, la duperie et le complot.

S’il n’y a pas cette condition-là, il servira à quoi de produire des idées?

On sait très bien que ce régime politique a développé l’art particulier de s’accaparer des meilleures idées pour mieux les détourner et les vider de leurs sens. Ce système a consommé toutes les idées, qu’ils furent d’ailleurs des idées prônées par l’opposition, ou par des personnalités. Il en était ainsi pour la réconciliation qui fut une exigence de l’opposition mais qui devait répondre à ces deux piliers : la vérité et la justice.

Même chose pour le concept de démocratie qui devait permettre l’alternance au pouvoir. Il on a détourné son sens pour le réduire à une foire électorale qui consacre une même finalité : son maintien. Aujourd’hui, ils veulent s’approprier le mot de la transition.

Proclamer la fin de Bouteflika est une exigence de la rue.  Il ne faut pas attendre le 28 avril pour le faire. Lorsque vous avez des millions dans la rue, il n’y a plus de constitution ni de Conseil constitutionnel. Le seul président est son Excellence le peuple algérien.

Après le départ du président, le peuple est en droit de désigner lui-même une instance de suppléance à la présidence. Cette instance doit être mandatée par le peuple et non pas par l’institution militaire. Ceux qui veulent confier cette tâche à l’armée risquent de se dresser contre ce mouvement populaire.

Le processus de transition commencera véritablement après l’installation de cette instance.

Faut-il mettre en place une haute instance chargée d’organiser les élections dans toutes ses étapes ? Je pense que cette énergie jeune, ce génie populaire, cette crédibilité puissante de ce mouvement peuvent secréter des idées novatrices et des instruments électoraux nouveaux.

Nous sommes capables au bout d’une période courte ne dépassant pas six mois, même on nous appuyant sur les données biométriques disponibles organiser un vote, même électronique dans ce pays.

Une telle approche permettra d’épurer tout le processus électoral, le dégager de tous ses déchets et évitera tous les procédés manipulatoires des chiffres et des résultats.

Faut -il aller vers des présidentielles au bout d’une année ou plutôt élire une Assemblée qui se chargera de la rédaction de la constitution ? Je pense que le déclenchement d’un véritable processus de transition après la levée entière du goulot aboutira à la consécration de la démocratie de notre pays.

Est-il est urgent que le mouvement populaire s’organise et désigne ses représentants?

L’ambition de cette grande mobilisation citoyenne jamais, connue dans l’histoire de ce pays est la restructuration moderne, démocratique et républicain de l’état et du pouvoir.  Le peuple exige le départ du système pour mieux restructurer l’Etat. Le pouvoir politique tente encore de ruser et renvoie la balle pour exiger la structuration du mouvement. Quelle tromperie ?

Vous avez bien vu que la mobilisation est ascendante, les revendications elles sont claires et ce n’est pas parce que le pouvoir refuse de répondre à la demande qu’il faut retourner la pression sur la rue, en faisant ses approches là. Je pense qu’à travers ce détournement, on veut faire pression à la rue en faisant instaurer dans le milieu de ce mouvement deux inquiétudes majeures : restructuration du mouvement et puis souvent on fait pression sur la rue en disant c’est quoi l’étape d’après ?

Je répète que sans avoir levé le vrai goulot qui est le départ du clan ou du système, toutes les tentatives de structurer ce mouvement serait une tentative de détournement des revendications de la rue. Cette rue n’a pas pour vocation de se transformer en parti politique, cette rue n’a pas pour vocation de sortir un mouvement, cette rue n’a pas pour vocation d’avoir des représentants par wilaya et par commune. Ce peuple est sorti pour instaurer un état démocratique qui protégé ses libertés qui donne des droits aux gens, c’est ce qu’il faut faire et non le contraire.

Le pouvoir a fait appel à Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra. Les deux hommes peinent apparemment à convaincre. Peut- on pour autant parler d’échec?

Au-delà de leurs personnes, le peuple algérien a dit NON à la conférence proposée par le pouvoir, NON à ses ruses, et à ces tentatives de détourner ce mouvement. Il a dit NON autant pour le pouvoir que pour ceux qui tentent de surfer sur les vagues.

Quant à leur effacement de la scène, il s’agit peut être  d’ un repli tactique. Moi personnellement j’ai compris que ces deux personnes avaient échoué le jour le vendredi 15 mars. La veille, ils avaient mené une offensive médiatique sans précédent, Brahimi était sur tous les écrans des chaines publiques et privées, Lamamra donne un point de presse alors que Bedoui anime une conférence de presse.

Une campagne dissuasive qui avait pour intention de réduire la mobilisation. Le lendemain, les Algériens et les Algériennes étaient encore plus nombreux à sortir dans la rue.

Ces deux personnes sont totalement rejetées par la rue. Ils n’ont plus droit de porter quoi que ce soit ou de se proclamer de quoi que ce soit, et d’ailleurs Lakhdar Brahimi initialement il avait dit qu’il était venu rendre visite à son ami.  Ce dernier n’a aucune fonction dans toutes les structures de l’Etat. Il s’adresse aux Algériens en qualité de quoi ? Est- ce qu’il a une mission officielle ou une autorité officielle pour le faire ? Il n’a aucune autorité officielle. Il n’est dans aucune institution du pays et par conséquent, il n’a pas le droit de se proclamer ni représentant du pouvoir ni représentant du peuple. Donc je pense qu’il a été remis à sa place il a dû le prendre sportivement au lieu d’annoncer son départ. Il prend acte et préfère se cacher quelque part.

Pour Lamamra en plus du fait qu’il est désavoué et disqualifié, dénoncé par la population, il tente désespérément une caution extérieur en livrant le pays aux enchères.

Les Algériens vont-ils marcher vendredi prochain? 

C’est vrai que chaque semaine qui passe il y a un sentiment d’attente en lien avec ce volume d’infos sur une éventuelle décision ou annonce. Mais la machine est rodée, on n’a plus besoin qu’on l’on lance des appels une semaine avant. Le mouvement a atteint un niveau d’organisation tel que les appels la veille suffisent pour déclencher l’opération. Je pense que le mouvement a acquis une maturation. L’Algérie d’après le 22 ne sera jamais l’Algérie d’après le 22.

Vous êtes présent sur le terrain, à travers les rencontres que  vous animez, aussi  bien avec la société civile que dans les universités…

Je reçois de partout à l’échelle nationale des demandes pour aller à la rencontre des jeunes. Je ne veux pas laisser l’impression, ce n’est ni mon objectif ni mon intention, que Tabbou est en train de surfer sur un mouvement. Moi je le porte avec conviction.

Je pense que chacun de nous peut apporter un plus à ce mouvement à la seule condition de respecter son autonomie et ses exigences.

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