Photo prise par Hadjer Guenanfa au début de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.

Sur une banderole de tissu noir, les premiers manifestants qui arrivent au centre-ville d’Alger, ce vendredi 15 mars, aux alentours de midi, reprennent le refrain de l’hymne national. Ils remplacent « Fachhadou ! (Soyez-en témoin !)» par une revendication qu’ils ne se lassent pas de répéter depuis le 22 février dernier : « dégagez ! ».

« Wa aakadna al aazma an tahya El djazaïr. Farhalou ! Farhalou ! Farhalou ! (Et nous avons décidé que l’Algérie vivra. Donc dégagez ! Dégagez ! Dégagez ! », est-il simplement écrit. Sur les trottoirs, les vendeurs à la sauvette écoulent ce qui leur reste comme drapeaux et d’autres objets aux couleurs de l’emblème national.

Une photo prise par Hadjer Guenanfa lors de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.

La place de la Grande poste est déjà remplie de monde. « C’est la première fois depuis l’indépendance du pays en 1962 que tous les Algériens, qu’ils soient Chaouis, Kabyles, Terguis ou autres, se réunissent. Je dois dire que c’est grâce à Bouteflika que je remercie. Maintenant, il faudrait qu’il dégage », lance Noureddine, un commerçant de 59 ans.

Les propositions faites par le président de la République et annoncées dans son message à la Nation du 11 mars ne le convainquent pas. Il évoque d’emblée un problème « de confiance ». « Qui peut nous donner des garanties (pour la gestion de cette période de transition) ? », se demande Noureddine. Beaucoup viennent en famille manifester.

Narimane et sa mère brandissent des pancartes. « Donnez-nous notre liberté. On vous le demande gentiment », est-il écrit sur le papier de la jeune étudiante de l’université de Bab Ezzouar. « Le peuple veut la démission de Bouteflika, un gouvernement de transition et de nouvelles têtes », lit-on sur la pancarte portée par sa mère.

Les manifestants ne viennent pas seulement d’Alger. Mohamed est arrivé dans la matinée de Aïn Oussara (Djelfa). « Pour nous, c’est fini. On a gâché notre vie. Mais il ne faudrait pas que nos enfants subissent la même chose », lance ce commerçant de 54 ans venu avec ses filles manifester dans la capitale. « Le pouvoir ne doit pas se transmettre comme un héritage », clame ce quinquagénaire.

« Pouvoir assassin ! », scande un groupe de manifestants. Un autre s’adresse au vice-Premier ministre et au diplomate Lakhdar Brahimi qui ont défendu au cours de ces derniers jours la feuille de route proposée par le chef de l’État : « Monsieur Brahim(i) et Lamamra, si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique ».

Une photo prise par Hadjer Guenanfa lors de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.

« Nous n’avons connu que ce pouvoir ! Nous n’avons connu que cette tyrannie ! », lâche Youcef, un fonctionnaire de 57 ans, joyeux et en colère à la fois. Pour lui, le pouvoir ne veut pas écouter les Algériens qui sortent manifester depuis le 22 février dernier. « Ils ne veulent pas nous écouter. Ils nous prennent pour des mineurs », assure cet homme.

« C’est aujourd’hui qu’on prend notre indépendance », intervient Fazia, une retraitée du secteur de l’éducation et responsable d’une agence de tourisme. Cette femme évoque les jeunes qui ont « pris le large », poussés à quitter le pays par le désespoir. « Personne ne pourra plus amener le peuple à courber l’échine ! », s’enthousiasme-t-elle.

Il est presque 14 heures à Alger quand les fidèles sortent des mosquées et rejoignent les premiers manifestants déjà très nombreux sur les principaux boulevards de la capitale. Ils se rassemblent au niveau des grandes places publiques. La Place Maurice Audin est déjà noire de monde. « L’armée et le peuple sont des frères ! », scande la foule imposante. L’ambiance est festive.

Une photo prise par Hadjer Guenanfa lors de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.

Le cordon formé par la police antiémeute pour bloquer l’accès du boulevard Mohamed V ne résiste pas longtemps. Hommes, femmes, enfants de tout âge défilent au centre-ville. L’emblème national est partout. Des youyous fusent à la rue Didouche Mourad où la foule interprète à l’unisson : « min ajlika ya watani (pour toi, ma patrie) ».

Sur le chemin, les manifestants peuvent compter sur la solidarité des habitants dont certains ont mobilisé des enfants pour offrir de l’eau fraîche aux contestataires épuisés. À ceux qui s’interrogent sur la détermination du mouvement populaire, un homme à la cinquantaine bien entamée brandit une pancarte : « la rue ne se taira pas ! ».

Une photo prise par Hadjer Guenanfa lors de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.
Une photo prise par Hadjer Guenanfa lors de la manifestation du vendredi 15 mars à Alger.

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici