Le porte- parole du RND revient dans cet entretien accordé à Actu-fil.com sur la situation politique dans le pays. Il atteste que l’application de l’article 102 « avec des arrangements politiques consensuels, constituent la meilleure solution de sortie de crise ». Les résistances affichées par le cercle présidentielle émanent, selon lui, « des forces extra-constitutionnelles ». Chihab  se dit « persuadé » que ses positions  « sont celles qui s’adaptent le mieux aux opinions des militants du RND ».

Le Rassemblement national démocratique a demandé au président de la République de démissionner. Quelques semaines auparavant, Ahmed Ouyahia avait pourtant chargé violemment les partisans de l’application de l’article 102.. 

La politique est l’art du possible, ce qui était valable hier ne l’est plus aujourd’hui. Les positions évoluent en fonction des données du terrain, elles s’adaptent à la volonté populaire.

L’appel du RND au président Bouteflika, c’est un appel à la raison. La démission permettra de dépasser la situation de blocage.

Je réitère le soutien de mon parti à l’appel du chef d’état- major, Gaïd Salah. Au RND nous ne considérons pas cette intervention comme une intrusion de l’armée dans la vie politique, l’armée nationale populaire est une institution républicaine. Beaucoup ont du remarquer justement cette relation fusionnelle entre le peuple et son armée lors des manifestations organisées à travers le pays ces dernières semaines.

Les interventions successives du chef d’état- major épousaient à chaque fois la revendication populaire. L’impasse politique contient des risques réels sur le pays,  sur son économie, sa sécurité et sa cohésion. Si la rue s’obstine, si le pouvoir s’entête, nous irons droit au mur.

Ce bel mouvement, cette belle prise de conscience nationale sont à saluer. Mais il est temps  de revenir à la légalité consacrée par la constitution. L’application de l’article 102 est un retour à la voie constitutionnelle.

Certes, la constitution algérienne n’est pas parfaite, certains disent qu’elle a été faite pour servir un président soucieux à satisfaire son ego. C’est vrai aussi que le président de la République  s’est arrogé tous les pouvoirs,  mais le texte est pour le moment note référence constitutionnelle.

Aux Algériens maintenant de discuter, de débattre, d’essayer de trouver une entente, un consensus qui prend en charge notamment les revendications de la rue. Essayons de trouver des mécanismes à même à rassurer les plus perplexes.

Quels sont ces mécanismes?

Je suggère la désignation d’un nouveau Premier ministre issu de l’opposition ou du mouvement populaire. Essayons de reconstruire la commission indépendante de supervision de contrôle et d’organisation des élections. Je propose qu’elle soit dirigée par l’une des figures du mouvement populaire.

Une fois le nouveau président élu, il l’aura la légitimité populaire et le pouvoir de réviser la constitution en fonction des aspirations du peuple.

Mais le recours à l’article 102 est rejeté par le mouvement populaire. Hier, le pays a vibré encore une fois au rythme des manifestations contre la feuille de route du pouvoir..

J’estime que l’article 102 avec des arrangements politiques consensuels est la meilleure solution de sortie de crise. Il faut rétablir l’esprit constitutionnel, c’est le premier pas vers  l’établissement d’un État de droit.

L’application de l’article 102 de la constitution va propulser un autre homme du système au sommet de l’État. Abdelkader Bensalah est-il l’homme de la situation ? Comment garantir la transparence des prochaines élections présidentielles avec une administration qui a cautionné toutes les fraudes électorales?

Parler de transition, c’est suggérer une constituante. Ma question est simple ?  Comment allons nous procéder ? J’entends des slogans revendiquant le départ de tout le monde.  L’Algérie appartient à tout le monde justement. Ceux qui ont fauté doivent être jugés. La loi doit être appliquée contre ceux qui ont dilapidé les richesses du pays. Pour le reste, il faut revenir à la raison et débattre de manière sérieuse les questions essentielles en relation avec l’avenir du pays.

Certains se focalisent sur le président du sénat. Abdelkader Bensalah est un homme qui n’a jamais failli à son devoir, il est capable d’être impartial, il est capable de mettre l’intérêt de l’Algérie au- dessus de toute autre considération.

N’oublions pas aussi que ses prérogatives sont limitées, et que le choix de Bensalah est d’abord un choix constitutionnel.

Les Algériens souhaitent aller vers un État de droit. Ceux qui mettent en avant ces subterfuges aux apparences démocratiques ont une arrière pensée de faire perdurer cette crise et de chercher le chaos.

Gaïd Salah veut procéder à un putsch constitutionnel, pense l’opposition…

L’armée est une institution républicaine, elle a émis un vœu comme toutes les autres composantes de la société. Peut-on interdire à l’armée de donner une suggestion, de montrer le chemin de la raison ? L’armée à certes des prérogatives constitutionnelles, mais en tant que composante essentielle du pouvoir, en tant que garante de l’unité de la nation et de l’unité territoriale, l’armée peut donner son avis, d’autant plus que la position exprimée par Gaid Salah est conforme à la constitution. Je pense que l’armée a fait preuve d’une sagesse extraordinaire et d’une clairvoyance.

Le président de la République ne semble pas partager l’avis du chef d’état- major…  

Je ne pense pas que le président Bouteflika est dans un état  lui permettant de gérer et de définir des règles. cela m’amène à dénoncer encore une fois les forces extra-constitutionnelles qui dirigent le pays .

Vous avez comparé le pouvoir de Bouteflika à une tumeur cancéreuse…

J’ai dit que le système et les clans sont des tumeurs cancéreuses qui sortent du corps de l’État. Elles sont la cause de la perversion des taches nobles de l’État.

Le système Bouteflika a-t-il échappé à cette règle?

Depuis la maladie du président, le pays est dirigé par des forces extra -constitutionnelles qui se sont accaparées du pouvoir.

 Quelles sont ces forces extra-constitutionnelles ?

 Ils sont partout, c’est ce qu’on appelle communément le clientélisme politique,  les bénéficiaires, l’oligarchie qui a pu infiltrer les rouages du pouvoir.

Pendant plusieurs années, le pouvoir s’est concentré entre les mains  de quelques  individus, dirigés par un seul maître d’orchestre, sans aucune qualité lui permettant de s’ingérer de manière directe dans la gestion des affaires de l’État.

Faites-vous allusion à Saïd Bouteflika ?

Je suis un homme politique, je fais son constat en mon âme et conscience. Je n’ai pas  besoin de donner de noms. Tout le monde sait qui a dirigé le pays ces dernières années.

L’opposition n’a pas cessé de dénoncer ces forces extra- constitutionnelles depuis plusieurs années. Elle n’a pas attendu aujourd’hui pour faire le constat..

C’est un faux reproche. Le peuple est sorti pour revendiquer un État de droit, plus de justice, plus d’égalité, plus de clairvoyance. La classe politique a fait preuve d’inertie certes, mais plusieurs voix dans l’opposition comme dans l’alliance s’étaient élevées contre ces dérives.  Face à un pouvoir absolu, ses voix ont été étouffées.

 «Tout le monde dégage !», c’est l’un des slogans du mouvement populaire. Le RND qui a soutenu le président sortant depuis 1999, est -il prêt à « dégager » ? 

Personne dans la rue n’a revendiqué notre départ. L’Algérien revendique un État de droit. L’exclusion, la vengeance aveugle ne nous mènerons nulle part, laissons le peuple s’exprimer librement. Je suis militant RND, je ne me sens pas du tout coupable de ce qui s’est passé. Je suis prêt à donner des comptes, mes positions sont connues, j’ ai toujours émis des réserves sur certaines positions prises au nom du RND. Je suis persuadé que mes positions  sont celles qui s’adaptent le mieux aux opinions de nos militants.

C’est Ahmed Ouyahia qui doit partir alors?

Le peuple a dit son mot, c’est le moment pour la classe politique, alliance et opposition, de faire sa mea-culpa. J’ai qualifié le hirak d’éveil de conscience de la nation. Lorsque la majorité de ce peuple a choisi le silence comme mode de protestation, les partis avaient  fauté, maintenant que le peuple s’est réveillé, notre place est naturellement avec le peuple. Nous  appartenons à ce peuple.

Nous estimons que le programme du RND est valable pour plusieurs années encore puisqu’il   se base sur le redressement national. Le RND reste à la disposition de la nation.

Le RND a servi jusque- là le système…

Qui n’était pas à la disposition du système? Mais cela ne veut en aucun cas dire  que nous étions contre le peuple.

Ahmed Ouyahia ne semble pas partager vos opinions sur certaines questions, notamment concernant les attaques répétées contre le pouvoir de Bouteflika. Seddik Chihab exprime-t-il des opinions personnelles ou celles du RND..

Je suis persuadé que mes opinions sont partagées par la majorité des militants y compris  par la partie silencieuse au sein du parti.

Qu’en est–il pour l’alliance présidentielle?

La vie politique est mise entre parenthèse. Le RND est resté muet par respect au peuple.  il s’est gardé d’intervenir pour ne pas être accusé de perturbateur ou de récupérateur.

Je pense qu’on se dirige vers une recomposition de la scène politique.  Il va y avoir  l’émergence de nouvelles forces.  C’est au peuple maintenant de ne pas déserter la scène politique.

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