Nouria Benghabrit répond dans cet entretien aux questions d’actuf-fil.com sur la grève annoncée par l’intersyndicale pour le 21 janvier prochain. La ministre de l’Éducation nationale revient également sur la réforme du baccalauréat.

Vous avez entamé des discussions avec les membres de l’intersyndicale de l’éducation qui a annoncé une grève pour le 21 janvier prochain et des actions de protestation. Vous en êtes où actuellement ?

Actuellement, nous sommes encore en phase de discussions et de débats. J’ai une équipe de médiateurs de haut niveau. Elle est pilotée par l’inspecteur général, un conseiller à la médiation et le directeur des ressources humaines du département. Trois personnes qui maîtrisent parfaitement les dossiers du secteur. Des rencontres se tiennent tous les après-midi au ministère depuis le mercredi 9 janvier. Nous sommes en train de rencontrer chaque syndicat individuellement, car du point de vue réglementaire, l’intersyndicale n’existe pas. C’est ce qui explique, d’ailleurs, que chaque organisation syndicale concernée ait déposé son propre préavis.Il reste,néanmoins, que nous ne nous sommes pas arrêtés à cet écueil et nous avons opté pour des rencontres bilatérales. L’important pour nous est la poursuite d’un dialogue et d’une concertation constructifs et utiles.   Au même moment, nous avons reçu des demandes d’audience émanant de quatre autres syndicats.

J’espère que le sens de l’éthique et de la responsabilité l’emportera sur toute autre considération sans lien avec nos préoccupations actuelles de rendre notre école au niveau exigé par les développements de notre société en particulier et, du monde en général.

Certains d’entre eux évoquent une impasse…

Nous ne pouvons parler d’impasse puisque nous sommes toujours en discussion. Pour nous, la concertation est un principe de travail. En réalité, nous n’avons jamais fermé les portes du dialogue depuis 2014. Et à chaque fois que cela a été nécessaire, nous avons fait, avec les institutions concernées et l’appui du gouvernement, les plaidoyers et démarches nécessaires pour satisfaire ce que la réglementation nous permet de satisfaire car, faut-il le rappeler, il s’agit de NOS fonctionnaires, le bon fonctionnement du secteur y va de leur épanouissement professionnel. 

Quelles sont les réponses apportées par le département aux revendications de l’intersyndicale dont celle relative au statut ?

Notre département a ouvert le dossier relatif au statut en 2015. C’est un dossier complexe qui avance avec le rythme qu’il faut, car il ne s’agit point de travailler dans l’urgence et de casser, de ce fait, les équilibres. Il y a lieu de préciser, qu’à chaque fois qu’une organisation intervient sur un point pour une catégorie particulière, c’est toute l’architecture du statut qui bouge en cas de révision. C’est la raison pour laquelle, nous avons affirmé, dès l’ouverture de ce dossier, que le travail sur le statut prendrait, à minima, cinq ans car il n’est pas aisé d’introduire des amendements sans toucher à l’architecture réglementaire d’ensemble. En plus, ce qui ne facilite pas la tâche c’est qu’il n’y a pas d’accord entre les syndicats sur les réponses à donner aux dysfonctionnements constatés. Aujourd’hui, nous sommes quasiment à la fin du processus. Il faut à présent faire une synthèse. Il n’y a eu aucun refus.

Pour ce qui est des œuvres sociales, il s’agit d’une affaire qui concerne les seuls syndicats. Le ministère n’est pas partie prenante. Nous leur avons dit ceci : s’il y a un consensus entre vous, l’administration mettra en œuvre vos propositions.

Les syndicats ont également évoqué la retraite anticipée et le pouvoir d’achat. Ce sont des questions qui dépassent nos prérogatives. Nous sommes également dans une phase où on doit prendre en compte la situation financière du pays. Il doit y avoir une solidarité.

Concernant le congé hebdomadaire et le congé de maladie, nous avons rappelé que s’il existe un secteur très normé, c’était bien celui de la Fonction Publique. Personne ne va nous reprocher de respecter et de faire respecter la réglementation face à des dépassements avérés.

Les syndicats exigent aussi la réduction du volume horaire des enseignants. La réglementation parle de 18 heures pour l’enseignant du secondaire, 22 heures pour l’enseignant du moyen et 30 heures pour celui du primaire. Mais dans plusieurs cas même ces heures-là ne sont pas mises en œuvre. Bien sûr qu’il y a des causes objectives. Un enseignant de français dans une école primaire s’il devait accomplir son volume horaire,il devrait se déplacer dans une autre école se trouvant à 100 kilomètres pour compléter ses heures. Ce qui est très compliqué.

Les propos du ministre du Travail sur la représentativité des syndicats ont suscité la colère des syndicats. Est-ce que ces derniers ne sont pas représentatifs pour vous ?

Mon collègue, le ministre du Travail, a, juste, rappelé les dispositions de la loi dans sa réponse à une question orale d’un député. Dans le code du travail, le terme de négociation est totalement lié à la notion de représentativité. La loi stipule qu’il faut avoir 20% de représentativité pour être légitime dans une négociation et pour faire une grève. Le Ministère du Travail a demandé aux syndicats de lui communiquer le numéro de sécurité sociale de leurs adhérents afin de pouvoir calculer correctement la représentativité de chaque syndicat. Pourquoi demander ce numéro de sécurité sociale ? Ce numéro est unique et permettra d’éviter les fausses déclarations. A ce niveau, vous conviendrez avec moi que le Ministère du travail est dans son rôle.

La grève du 21 est-elle inéluctable vu l’évolution des discussions avec les syndicats ?

Pour l’instant, nous continuons à discuter avec l’ensemble. Nous tentons de les rassurer en rappelant que toutes les questions posées sont prises en charge et que nos portes restent ouvertes. Je donne autant d’importance aux dossiers individuels qu’aux dossiers collectifs. Ceci dit, l’ensemble des fonctionnaires du secteur ne sont pas forcément convaincus de la nécessité de perturber la scolarité des élèves pour ces raisons. Nous avons confiance en nos fonctionnaires notamment les enseignants. Nous espérons que le bon sens et la sagesse l’emporteront, pour l’intérêt de nos apprenants.

Doit-on s’attendre à de grandes perturbations dues à des mouvements de protestation durant cette année ?  

Nous sommes persuadés qu’à force de dialoguer et d’échanger, nous parviendrons à un terrain d’entente.Néanmoins, il y a lieu de rappeler qu’il s’agit d’un secteur névralgique.Il s’agit de préserver l’intérêt de 9,5 millions d’apprenants à qui nous devons garantir le droit constitutionnel d’enseignement. Nous avons l’obligation d’assurer la continuité des apprentissages. Et je peux vous assurer que nous le ferons. Nous avons l’expérience et celle-ci nous a amenés, avec les parents d’élèves, à élaborer un véritable protocole de gestion de situation lors d’un conflit. Il ne faut pas être en posture de spectateur ou de victime. Pour le 21 janvier, nous avons d’ores et déjà mobilisé les directeurs de l’éducation.

Les ponctions sur salaire seront mises en œuvre ?

La loi est claire, et tous les fonctionnaires en sont informés. Les mesures qui seront prises le seront en fonction de la réglementation.

Y-aura-t-il des mesures disciplinaires ?

Uniquement dans les cas avérés et vérifiés de non-respect des règles.

Des élèves et des enseignants se plaignent du manque d’équipements et de l’absence de chauffage dans certains établissements…

J’ai été interpellée il y a deux jours par une élève sur l’absence d’équipements scientifiques. J’ai précisé aux responsables locaux qu’il ne fallait pas ouvrir un établissement si vous n’offrez pas l’ensemble des conditions nécessaires à un fonctionnement pédagogique normalisé. Aujourd’hui, je mène mon enquête pour savoir pourquoi cet établissement n’a pas d’équipements scientifiques.

Pour le chauffage, nous avons deux problèmes. Le premier concerne certains établissements nouveaux où la question de levée des réserves se pose. Le deuxième est dû à un problème d’entretien des chauffages. Nous rencontrons la même question d’entretien avec le transport scolaire.

L’important est que ces problèmes soient pris en charge à chaque fois qu’ils sont constatés ou signalés. Nous y veillons quand ils relèvent de notre responsabilité et participons à leur règlement quand ils relèvent d’autres institutions.

En quoi consiste la réforme du baccalauréat qui est engagée ?

Il s’agit d’un réaménagement de l’organisation. Son objectif est de répondre à 4 soucis. Le premier est celui de la valorisation des efforts menés durant l’année scolaire. Le second porte sur la durée de l’examen. Tout le monde estime que cinq jours, c’est pénible. Le troisième est lié à la désertion des classes, à partir du mois de février pour la terminale. Notre souci fondamental est d’ordre pédagogique : amener l’élève à travailler de manière régulière. La régularité dans le travail ne peut être obtenue que si elle est accompagnée de la prise en charge du contrôle. Le 4ème est lié à l’identité de la filière. Actuellement, le Bac est généraliste. Nous avons des matières essentielles, des matières transversales comme la philosophie, et des matières complémentaires. Toutes seront comptabilisées. Certaines (essentielles) le seront durant l’examen (épreuves écrites), les autres (complémentaires) le seront dans le cadre du contrôle continu, à partir de la deuxième année secondaire.

Sa mise en œuvre n’est pas prévue pour cette année…

Non, rien ne change en 2019. À partir de 2020, on prendra en compte le contrôle continu en deuxième AS. Le baccalauréat dans sa nouvelle mouture (trois jours et demi) est prévu pour 2021. Aujourd’hui, nos cadres sont sur les plateaux des chaînes de télévision et à la radio pour expliquer aux élèves et à leurs parents cette nouvelle réorganisation qui, quoi qu’il en soit, préservera, en premier lieu, l’intérêt des candidats.

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