Sociologue et chercheur, Nacer Djabi revient sur la montée de violences en Algérie durant ces dernières années. Dans son analyse, l’universitaire évoque notamment la gestion des villes dans le pays.

Plusieurs meurtres ont été enregistrés ces derniers jours dans les grandes villes du pays. Assiste-t-on à une montée des violences ?

Bien sûr qu’il y a une montée des violences dans le pays qui intervient avec les changements dangereux, rapides et je dirais même brutaux, au sein de notre société. Une société de plus en plus conservatrice qui ne laisse pas beaucoup de libertés aux jeunes dont certains, et ils sont de plus en plus nombreux, se réfugient dans la drogue. Car au sien de notre société, consommer de la drogue est, par exemple, moins grave que de consommer de l’alcool. La consommation de drogue qui a particulièrement augmenté, ces dernières années, explique d’ailleurs beaucoup de choses dans cette montée des violences.

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L’augmentation de la consommation de drogue explique-t-elle, à elle seule, cette montée des violences dans les villes ?

Évidemment, il y a un problème de fond. Il s’agit de la gestion de la ville en Algérie. Nous avons pratiquement 70% d’Algériens qui vivent dans les grandes et moyennes villes. Cela veut dire que deux Algériens sur trois vivent dans des villes qu’on gère très mal. Pour s’en rendre compte, il suffit de prendre les cas des nouveaux quartiers crées avec les opérations de relogement effectuées au cours de ces dernières années. Ces agglomérations ressemblent aujourd’hui à des jungles.

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En quoi la composition de ces nouvelles agglomérations provoque-elle de la violence ?

L’administration a distribué des logements à des milliers de personnes. Nous avons actuellement des cités, sans infrastructures pour l’éducation ou la sécurité, avec des familles qui viennent de partout notamment des bidonvilles. Dans ces cités, nous avons un nombre impressionnant de jeunes « déracinés » qui tentent de bricoler une « nouvelle vie » dans un environnement nouveau. Certains, notamment ceux qui viennent de bidonvilles, sont stigmatisés. Toute distribution de logements donne lieu à des « petites guerres civiles ».

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Comment jugez-vous la réaction des autorités par rapport à cette montée des violences ?

Les autorités sont inconscientes face à cette montée de violence. Nous vivons dans un pays où on pousse les jeunes à l’enfermement avec cette absence de lieux de divertissement. Les autorités adoptent une politique qui est dangereuse. Elles ne veulent pas de débat public sur cette question.

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