Ancien ministre et ancien porte-parole du gouvernement, Habib Chawki Hamraoui est membre de la direction de campagne du président Abdelaziz Bouteflika. Il revient dans cet entretien sur le contenu du message du chef de l’État où il s’engage notamment à organiser une élection présidentielle anticipée. Il assure également que le candidat a entendu les jeunes manifestants qui disent non au cinquième mandat.   

Après l’annonce du dépôt du dossier de candidature du président Bouteflika, et la lecture de son message, des citoyens sont sortis manifester dans la soirée. Est-ce que leur message est clair pour vous ?

Nous entendons le même message depuis près de deux semaines. C’est-à-dire le refus total d’un cinquième mandat. Au risque de vous étonner, je ne fais pas une lecture négative concernant la mobilisation de ces jeunes qui restent fidèles à leurs slogans. Mais les convictions peuvent se discuter et chacun de nous peut changer d’avis suite à des débats et des discussions où il y a une argumentation fondée.

Ces jeunes scandent depuis plusieurs jours : « il n’y aura pas de cinquième mandat ! »…

Le président a entendu et a répondu à cette demande. Abdelaziz Bouteflika ne se présente pas pour un mandat de cinq ans. Il a la volonté d’aider les Algériennes et les Algériens à élaborer, dans un élan pacifique, un pacte sociétal. Il a proposé un cadre : la conférence nationale indépendante présidée par des personnalités indépendantes. Le président de la République leur donne l’occasion de discuter mais aussi de mettre en place un agenda notamment pour une élection présidentielle anticipée à laquelle il ne participera pas.

Constitutionnellement, ce sera tout de même un cinquième mandat ?

Non, la Constitution évoque un mandat de cinq ans. Le président Bouteflika dit ceci aux Algériens : je vais vers l’élection présidentielle du 18 avril mais je ne ferai pas un mandat de cinq ans comme le dispose la Constitution. Le président prend souverainement et en toute conscience la décision de se présenter et s’engage s’il est réélu à aider les Algériens à élaborer un projet sociétal tout en écourtant au maximum son mandat.

Des manifestants se demandent pourquoi ne pas tenir cette conférence nationale dès maintenant…

Nous sommes à un mois et demi de l’élection présidentielle du 18 avril. Organiser une conférence nationale et donner aux participants la possibilité d’élaborer une nouvelle Constitution et de mettre en place une commission indépendante pour organiser les élections est un travail colossal qui ne peut pas se faire en quelques semaines.

S’il est réélu, le président va aller vers l’organisation de cette conférence nationale indépendante. Il respectera ensuite la feuille de route qu’elle mettra en place. Et je crois comprendre que si les travaux de la conférence nationale ne seront pas achevés avant un délai qui ne pourra dépasser une année (depuis son installation), il convoquera une élection présidentielle anticipée à laquelle il ne participera pas.

Le retrait du président de la course n’est donc pas envisageable ?

C’est le président qui s’est présenté. Je ne pourrais pas répondre à sa place. Beaucoup de candidats se sont retirés. Je pense qu’on ne peut pas aller vers des élections avec un ou deux candidats seulement.

Est-ce que le report des élections est envisageable ?

J’entends des chefs de partis politiques, des personnalités, des intellectuels et des manifestants appeler au report des élections à une date ultérieure. Celui qui peut prendre cette décision, c’est le président de la République. Pour moi, la meilleure solution pour l’Algérie réside dans l’organisation de la conférence nationale indépendante. Mais je suis persuadé que le président n’hésitera pas à prendre toutes les décisions qui peuvent apaiser les tensions. Abdelaziz Bouteflika est dans l’état d’esprit d’un président sortant et attentif aux aspirations de changement de régime exprimées par le peuple.

Pourquoi ne pas laisser cette mission à d’autres personnalités, à d’autres responsables ?

Seul un président sortant peut donner la possibilité aux Algériens d’élaborer une Constitution qui ne soit plus, comme cela a été le cas jusqu’à maintenant, celle d’un président mais celle du peuple et de la République algérienne. Une Constitution qui doit être au-dessus de tout le monde. Le président confiera la tâche relative à l’organisation de la conférence nationale aux représentants des différents courants politiques du pays. Il faut rappeler que la conférence nationale a été d’abord proposée par l’opposition. L’opposition a elle-même tenu une conférence à Zéralda qui n’a pas abouti. Je veux souligner ici que ce ne sont pas les partis de l’opposition qui ont fait sortir ces milliers de personnes dans les rues. Une partie de l’opposition aussi est décriée par les manifestants.

Certains manifestants se demandent pourquoi fera-t-il en quelques mois ou en une année ce qu’il n’a pas fait durant vingt ans. Que pouvez-vous leur dire ?

Certes, le président Zeroual n’a pas donné un cadavre au président Bouteflika. Il lui a donné un pays qui était debout. Mais il fallait qu’il commence à marcher. Le pays sortait d’une guerre civile atroce qui a duré dix ans. Il fallait effacer les séquelles, les déchirures et les blessures au sein de la société. Il fallait du temps. Tous ces problèmes, ils les avaient sur le dos. Durant les cinq années de son premier mandat, il a tenté de sécher les larmes des Algériens.

Estimez-vous qu’il a réussi dans cette mission ?

Pas totalement. La réussite d’une mission si délicate a besoin de l’implication de toutes les parties. Il ne faut pas oublier que le président avait beaucoup de contraintes au niveau national et au niveau international. En même temps, il fallait que la machine économique et sociale redémarre. Il a fallu mettre en place des programmes de développement à tous les niveaux. Dire qu’il n’a rien fait durant ces vingt dernières années serait faux et totalement injuste. Il s’est engagé à éteindre le feu de la Fitna et il l’a fait. Il s’est engagé à faire redémarrer la machine économique et sociale et il l’a fait. Il s’est engagé aussi à replacer l’Algérie sur la scène internationale et il l’a fait.

Durant ces années, l’une des plus importantes et déterminantes œuvres dont l’Algérie doit être fière est la réconciliation nationale qui est un projet historique. L’une des plus belles œuvres également est de se réapproprier son identité nationale en officialisant le Tamazight et la fête de Yennayer.

S’il est réélu, le président poursuivra le troisième acte de la réconciliation nationale. Il reconnaîtra les dérives commises par l’État algérien dans les moments sombres de l’accomplissement de ses devoirs. Le président demandera pardon à la Nation. Je pense à tous ceux qui ont été touchés dans leur vie, leur dignité, leur amour-propre et leurs biens depuis 1962 jusqu’à maintenant.

De quelles victimes voulez-vous parler ?

Je pense aux martyrs du FFS, aux étudiants emprisonnés dans les années 1970, aux victimes des expropriations de la révolution agraire, aux martyrs de la cause berbère. Je pense aux autres victimes dont ceux d’octobre 1988 et ceux des années 1990.  Et je peux vous assurer, en toute conviction, que seul un président moudjahid qui a eu des charges importantes dans des différentes étapes de l’histoire du pays depuis 1962 peut accomplir cet acte de respect et dignité envers la Nation. Ceci permettra aux nouvelles générations de tourner la page afin qu’elles puissent emprunter un chemin sans complexe dans un élan de liberté et de fierté.

Sur certaines images, on voit certains manifestants piétiner le portrait du président…

Je respecte totalement le fait que les Algériens disent non au cinquième mandat. Je respecte les Algériens qui restent fermes sur leurs principes. Mais c’est injuste qu’on piétine le portrait du président et inadmissible qu’on fasse descendre l’emblème national. Les Algériens sont des citoyens civilisés. Je pense que c’est l’œuvre de quelques groupes occultes qui veulent salir des manifestants pacifiques.

Est-ce que le président est en Algérie actuellement ?

Jusqu’à l’heure où je vous parle, il n’est pas encore rentré.

Certains partis et personnalités appellent à l’application de l’article 102 de la Constitution…

Appeler à l’application de tel ou tel article concernant les élections, c’est faire pression sur le Conseil constitutionnel et je suis contre toute forme de pression sur les délibérations de cette institution indépendante.

Dans ce contexte marqué par les manifestations populaires, certains parmi les partisans du président démissionnent. Comment jugez-vous leur réaction ?

Ceux qui veulent rester et ceux qui veulent partir sont libres. Ceux qui veulent nous rejoindre aussi sont libres. D’ailleurs, certains nous ont rejoints après la lettre du président. J’ajoute que cela n’est pas nouveau. En 2004, en 2009 et en même en 2014, certains ont sauté du bateau. D’autres nous ont rejoint. En fin de compte, nous allons tous vers les urnes. Enfin, je vous dirai que le président a, certes, hérité d’un pays debout après une une résistance héroïque contre le terrorisme, il partira la conscience tranquille en constatant que son peuple marche vers son avenir et son destin non pas vers l’inconnu.

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