Le président de l’association algérienne de lutte contre la corruption affirme, dans un   entretien accordé à Actu-fil.com, « que que la volonté politique de lutte contre la corruption n’a jamais existé au sein du pouvoir, bien au contraire, et ce n’est pas ce qui reste de ce pouvoir qui pourra faire quoi que ce soit ».  

Le patron du groupe ETRHB et ex-président du Forum des chefs d’entreprises a été arrêté ce matin au niveau du poste frontalier d’Oum T’bol.  Cela nous renvoie au scénario égyptien, la chute  du régime de Hossni Moubarek a été suivie par l’arrestation de plusieurs hommes d’affaires proches du président déchu. Ce scénario peut-il se reproduire en Algérie ?

Nous ne sommes pas du tout surpris par ce qui s’est passé ce matin à la frontière terrestre avec la Tunisie : on s’y attendait ! Depuis quelques semaines déjà, il y a un vent de panique qui souffle sur l’oligarchie en Algérie…Les plus malins de ces oligarques ont pris la fuite depuis quelques temps déjà, notamment avec leurs familles et se sont mis en attente dans leurs « pays d’accueil ». Maintenant est-ce que ce qui reste du pouvoir actuel est en mesure de prendre les devants pour prévenir ces fuites ? Rien n’est moins sûr : les différents morceaux de ce pouvoir qui explose sont en train de régler des comptes….Le risque existe que le scénario égyptien se répète en Algérie.

L’intrusion des hommes d’affaires en politique a-t-elle précipité la chute du régime de Bouteflika ?

C’est un des principaux symptômes de la crise actuelle,  et malheureusement, il n’y a pas eu de contre-pouvoir pour limiter les effets dévastateurs de ce « fléau », du coup la gangrène a pris place s’attaquant à tous les secteurs de la République. Comme l’écrivait si bien le philosophe Montesquieu il y a près de 3 siècle dans « L’Esprit des lois », la corruption dans la République a pris une telle ampleur que c’est devenue la corruption de toute la République….. L’impunité généralisée dont ont abusé tous ces oligarques et leurs proches et une multitude d’« agents publics » (hauts fonctionnaires et élus) a atteint ses limites : les réactions de toutes les couches de la société, « victimes » presque consentantes depuis des décennies, ont heureusement pris les devants.

La banque d’Algérie a été interpellée par des hommes de loi sur les risques de fuite des capitaux. Ce risque est-il réel ?  

C’est une très bonne chose que les hommes de loi et de droit aient pu réagir ainsi, ne serait-ce qu’à titre préventif. La Banque d’Algérie a rendu publique une 1ère réaction positive quelque peu rassurante, mais cette réaction est insuffisante : à cet effet, l’AACC appelle solennellement le Gouverneur de la Banque d’Algérie à intervenir publiquement afin d’informer et éclairer l’opinion publique sur la situation qui prévaut et les mesures exceptionnelles à prendre pour limiter  la fuite des capitaux…..

Les partis politiques, la société civile, votre association, n’ont cessé de dénoncer la corruption depuis plusieurs années.  Comment interprétez-vous cet éveil soudain des autorités, dans une conjoncture marquée par une lutte de survie au sommet de l’Etat ? Y a-t-il une volonté réelle de lutter contre la corruption ?

Nous ne sommes pas encore dans une phase positive de transition où enfin les institutions habilitées de la République se mobilisent pour prévenir et lutter contre la corruption. Et l’arrestation de l’ex-président du FCE, à peine quelques jours après sa démission, pourrait s’inscrire juste dans une « guerre » des clans au sein de ce qui reste du pouvoir, voire des règlements de compte…Seule la justice, si l’affaire de Haddad lui est transmise, et un juge indépendant, pourront nous dire ce qui est réellement reproché à cette personne. Pour l’AACC, il s’agit surtout de respecter et faire respecter les lois en vigueur : nous sommes opposés à toute chasse aux sorcières sur des bases subjectives et infondées. Est-ce que le système judiciaire en place est en mesure de gérer la situation en matière de répression de la corruption ? C’est peu probable ! Tout en réaffirmant, comme nous ne cessons le faire depuis des années, que la volonté politique de lutte contre la corruption n’a jamais existé au sein du pouvoir, bien au contraire, et ce n’est pas ce qui reste de ce pouvoir qui pourra faire quoi que ce soit.

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