Alger 24 février 2019

Nous, universitaires et intellectuels signataires de ce texte, sommes convaincus que des positions claires et courageuses revêtent, à cet instant historique et décisif, une importance particulière pour l’avenir de l’Algérie. Une importance accentuée par le fait que l’université ne produit plus de sens, ne s’intéresse plus à la chose publique et a renoncé à son statut de porte parole de la société.

Face à la prise de conscience exprimée par la société refusant la politique de la soumission au pouvoir absolu, nous, universitaires et intellectuels, ne pouvons passer outre l’opportunité de la transformation sociale et politique d’une société qui aspire à vivre dans la dignité, la liberté et le bienêtre. Une société dont les membres revendiquent la reconnaissance de leur statut en tant que citoyens, membres d’une communauté nationale, fière et solidaire dans ses différences.

Dans ce contexte exceptionnel, nous appelons tous les universitaires et intellectuels libres et dignes, à exprimer leur solidarité et leur totale adhésion au processus de changement que la société algérienne demande. Avant de projeter un vrai projet social et politique, l’universitaire et l’intellectuel doit nourrir une relation existentielle avec ses concitoyens; avant d’être doté d’une conscience politique, il doit être conscient de son appartenance pleine et entière à sa communauté. L’intellectuel ne peut pas être à la marge. Il doit entendre le massage de la société à laquelle il appartient.

En effet, si nous, universitaires et intellectuels, n’intégrons pas la société dans nos préoccupations; si nous ne nous engageons pas moralement et politiquement à porter les aspirations de notre société, nous nous condamnons à être invisibles, inaudibles. Nous sortirons par la petite porte du futur de notre société qui prend son avenir en main et en dessine les contours. Nous nous priverons des moyens de nous affranchir des contraintes d’un régime caractérisé par l’autoritarisme, la hogra, l’esprit rentier, la médiocrité, le clientélisme et la corruption. Nous participerons à la reproduction des échecs passés.

Nous avons -en ces moments précis- une responsabilité historique. Ne la sous-estimons pas, de même ne sous-estimons pas la volonté que les Algériens affichent dans la rue. Harmonisons et synchronisons nos rapports avec eux, pour que nous puissions être capables de transformer la colère de la rue en un modèle de changement politique profond allant vers la construction d’un État moderne.

Notre engagement comme universitaires et intellectuels consiste à accompagner la société en marche. Nous sommes appelés, aujourd’hui plus que jamais, à donner du sens à cette phase socio-politique, qui doit nous conduire à la société de coexistence, d’acceptation de la contradiction et de reconnaissance de l’autre. Telle est la garantie d’un présent et d’un avenir prospère.

Nous devons nous engager à fournir les moyens politiques qui empêcheront que s’installe le vide qui permettra la reproduction d’un système politique usé. Notre responsabilité est de paver le chemin de la société qui trace sa voie vers la liberté et la justice qui mettront fin, définitivement, à un système qui a produit violence et corruption.

Nous affirmons notre position aux côté de la société que nous accompagnons. Nous participons à sa résistance pacifique qui doit continuer dans son caractère pacifique et civil. Nous l’appelons à ne pas répondre aux provocations et à toutes sortes de violence, car la violence est l’arme des faibles. L’arme des Algériens dignes est le projet pacifique et légitime qu’ils veulent bâtir. L’histoire est ponctuée de tournants qui exigent des citoyens algériens des positions et des positionnements. Les lois de l’univers, des peuples et des sociétés n’épargnent personne.

Nous amorçons un débat qui restera ouvert afin de réagir et d’accompagner la marche de la société et prémunir son projet des aventuriers et des parasites qui bénéficient du statut quo. Ils ont privé le peuple du droit à son autodétermination et cherchent, maintenant, à tirer profit du processus en marche pour reproduire un système usé qui constitue une menace pour le présent et l’avenir de l’Algérie.

Premiers signataires

  1. Redouane Boudjemaa Université d’Alger
  2. Said Loucif Université d’Alger
  3. Louisa Dris-Aït Hamadouche
  4. Fatma Oussedik, Université d’Alger
  5. Said Djaafer, journaliste
  6. Fatima Bouhani Université d’Alger
  7. Nacer Djabi Université d’Alger
  8. Aziz Laabane, Université d’Alger
  9. Chérif Dris, Ecole supérieure de journalisme
  10. Nacira Houari, Université de Bejaia
  11. Ali Kessaysia, Université d’Alger
  12. Mourad Kassed Université d’Alger
  13. Abdelaziz Boubakir, Université d’Alger
  14. Lila Sidhoum, Université d’Alger
  15. Mohamed Hanned, Université d’Alger
  16. Aissa Merah, Université de Bajaïa
  17. Salaheddine Sidhoum, Chirurgien
  18. Said Gacemi, université de Tamanraset
  19. Farida Akrout, université de Mostaganem
  20. Redouane Rabia, université de Msila
  21. Akrout Farida, université de Mostaganem
  22. Mourad Ouchichi, Université de Bejaia
  23. Nacer Aoudia, Université de Bejaia
  24. Abdelkrim Benaicha, Université de Bejaia
  25. Cherfa el hanafi, Université de Bejaia
  26. Yazid Aït Koukam, Université Bab Ezzouar
  27. Zoubir Arous, Université d’Alger
  28. Kenza Meghiche, Université Alger
  29. Amina Rabahi, université d’Alger

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