Ahmed Ouyahia quitte le gouvernement. Le président Bouteflika décide de se séparer de son  Premier ministre dans un contexte politique très sensible. Ce remaniement est inscrit par le pouvoir dans le sillage des appels au changement scandaient par les millions d’algériens lors des manifestations contre le cinquième mandat. « Ces changements constitueront une réponse adéquate aux attentes dont vous m’avez saisi »,  précise le président dans son message adressé aux Algériens.

Le pouvoir décide de sacrifier pour la énième fois Ahmed Ouyahia en gage de bonne volonté. Sa présence devient apparemment très encombrante pour un régime en quête désespérée de solutions.

Habitué aux « aller- retour », Ouyahia n’a pas pourtant prédit ce départ. Le 6 février, au lendemain du Conseil national du RND, le Premier ministre avait rappelé à la presse une disposition de la constitution qui prévoit la démission du gouvernement au lendemain de la proclamation officielle des résultats des élections présidentielles.

Le Premier ministre a été autorisé à présenter le bilan du gouvernement à l’APN, après un veto présidentiel qui a duré plus d’un moi, autant d’éléments sensés confirmer le maintien d’Ouyahia à la tête du gouvernement.

A priori donc, Ouyahia faisait partie du plan (A) du pouvoir. Qu’est ce qui a pu changer ?

Pendant deux décennies, le destin politique d’Ahmed Ouyahia a été géré et planifié, sans résistance apparente du premier concerné, par un seul homme, le président Bouteflika.

Pendant 20 ans Ahmed Ouyahia a été nommé trois fois à la tête du gouvernement: ( 2003/ 2006), (2008/2012), (2017/ 2019). Derrière chaque nomination,  il y’ avait une crise ou une situation d’urgence à gérer.

En 2003, Ahmed Ouyahia est appelé pour remplacer Ali Benflis, qui s’était « rebellé »   politiquement contre le président, en décidant de se porter candidat aux élections présidentielles de 2004.

En 2008, il revient à la tête du gouvernement pour préparer les élections présidentielles de 2009. Mais pas que. Quatre mois après sa nomination, le parlement a voté le projet de révision de la constitution, qui a permis au président de s’affranchir de la limite des deux mandats successifs.

Le retour d’Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement en 2017 a coïncidé avec la crise économique. A la chute du prix baril, il faut rajouter des caisses quasiment vides. Appelé à la rescousse, « l’homme des sales besognes », un sobriquet qui lui colle à la peau, ne pouvait décliner l’offre.

Pendant deux décennies «le commis de l’Etat » fut politiquement malmené, discrédité aux yeux de la population et la classe politique, envoyé au front, sans afficher la moindre opposition.

L’homme affichait publiquement une allégeances sans égale  au président Bouteflika, au point de mettre une parenthèse sur ses « ambitions présidentielles », en attendant, le départ de Bouteflika. « L’homme qui est devant vous ne se présentera jamais à l’élection présidentielle contre Abdelaziz Bouteflika », promettait Ahmed Ouyahia en 2006. Une allégeance réitéré aujourd’hui devant les caméras de la télévision algérienne: « je remercie le président de la République pour sa confiance et son appui », a affirmé, ce mardi 12 mars, l’ex premier ministre

Ouyahia  a été la première personnalité de l’alliance présidentielle à soutenir le cinquième mandat du président Bouteflika. Il est le premier à être sacrifié après la décision du report des élections présidentielles.  l’ex Premier ministre  est remplacé par Ahmed Bedoui. En 2018 déjà, le nom du ministre de l’intérieur avait été cité, pour prendre les rênes du gouvernement.

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